BIGNICOURT-SUR-SAULX

LA VILLA NEo-PALLADIENNE

De style néo-palladien, la Villa datant du début du XIXème siècle, s'inspire des célèbres constructions de Palladio en Italie. Elle est classée et les jardins sont inscrits aux titres des monuments historiques.

Transformé en une peupleraie d'exploitation au cours du XXème siècle, on suppose que le parc s'inspire au XIXème siècle des réalisations anglaises du XVIIIème siècle, qui contrastent entre une nature "libre" dans l'esprit du jardin paysager et les lignes sobres d'une architecture néo- palladienne.

L'enjeux consiste ainsi à réinterpréter l'histoire et l'esthétique de ces jardins, à l'aide des archives (cadastres, photographies anciennes, textes, cartes et ordonnances) qui retracent l'évolution des lieux. L'idée structurante étant de renforcer les caractéristiques paysagères d'une perspective nord/sud très marquée (au nord, des cours d'eau et des boisements en zone humide, au sud, une ambiance rurale et des parcelles agricoles à perte de vue).

 

Un peu d'histoire

 

Les premières traces d'occupation à Bignicourt-sur-Saulx, remontent au XIIème, on suppose l'existence d'une enceinte médiévale au sud ouest du domaine, qui prend forme sur une parcelle du cadastre de 1833. 

Au XVIIème siècle, Le château est composé d'un corps principal et de deux ailes étroites, encadrant une vaste cour se prolongeant au sud, où trois tourelles de bases carrées marquent la limite avec les fossés et les jardins, une ferme et une basse cour implantées à l'est jouxtent le château.

Ordonnance émanant de Louis XIV :"faire construire et parachever sa maison de Bignicourt avec des fossés s'y creux qu'il jugera à propos et qu'ils soyent en estat de deffense mesme d'y faire ponts levis pour le passage".

Au XVIIIème siècle, une courte description du château est donnée par "JNL Vaveray": (le château est) "fossoyé, élevé et placé en belle vue du côté des jardins, dans lesquels on descend environ de trente pieds. Il est précédé d'une grande avant cour côtoyée à droite d'un verger et à gauche d'un jardin potager. La basse cour est à droite du château. Les jardins d'en bas sont bordés de charmilles à droite et à gauche. Derrière celles cy il y a un très beau bosquet planté en étoile".

Le domaine s'étend, à l'époque encore, jusqu'aux rives de la Saulx (rivière) au nord.

Cadastre de 1806: il représente l'ancien château du XVIIème siècle (corps principal avec deux ailes en rouge), une grande cour entourée de fossés (rectangle vert) et une ferme (en rouge) reliée au château à l'est, par deux ailes étroites.

Cadastre de 1833: on y voit la villa néo-palladienne actuelle et la présence supposée de l'enceinte médiévale (sud ouest, en bas à gauche). Au sud, une allée circulaire relie les différents bâtiments (château, four à pain, pigeonnier, ferme, enceinte médiévale), tandis qu'au nord une autre allée rejoint le bosquet en étoile décrit au XVIIIème siècle.

Cadastre de 1833: plus large, il permet de voir le domaine tel qui s'étendait à l'époque, jusqu'aux rives de la Saulx (bleu/jaune).

Entre 1806 et 1818 Jean Baptiste Barbat, maire de Bignicourt-sur-Saulx, fait démolir l'ancien château pour construire le bâtiment actuel. On passe à un édifice au plan massif et carré, sans aucun dispositif défensif et au contraire ouvert sur le paysage. Seule une partie de l'ancienne ferme est conservée, le four à pain et le pigeonnier, symétriques par rapport au château, sont positionnés approximativement à la limite de l'ancienne cour et des fossés.

De style néo-palladien, c'est un édifice aux allures de Villa vénitienne, rappelant les célèbres constructions de Palladio. 

L'organisation générale du parc est conçue pour un spectateur placé dans le château "la nature extérieure fait partie intégrante de ce belvédère dressé dans la verdure" - Sylvia Preyssoure. Les jardins s'organisent autour d'une perspective nord/sud très marquée, mise en scène dans le bâtiment lui même. L'architecte propose, en effet, une traversée physique de l'espace entre logis et jardin, la distribution des pièces est traversante et axée dans l'exacte perspective du parc. Pour souligner cet axe, la cheminée du grand salon au nord, est surmontée d'un seul carreau de verre, offrant un cadre sur la perspective nord qui s'ouvrait à l'époque sur le canal et la Saulx.

Au sud, les photographies anciennes évoquent une perspective matérialisée par deux alignements d'arbres se rétrécissant progressivement pour créer un effet de profondeur et un cadre sur les terres au delà. Ces photographies nous révèlent également que de nombreux conifères (emblématiques des jardins du XIXème siècle) sont plantés dans le parc.

En 1837 la Chapelle néo gothique est construite.

En 1853 le canal de la Marne au Rhin est mis en service. Il coupe le domaine en deux, une passerelle est alors construite pour rejoindre l'autre partie de la propriété. la perspective est sublimée par l'apparition de ce canal, qui participe à l'esthétique du jardin paysager, en créant un chemin d'eau visible depuis la Villa. 

Ancienne photographie de la Villa.

Ancienne photographie de la perspective sud, on y voit de nombreux conifères.

Ancienne photographie de la Villa noyée sous la végétation.

Photographie prise à l'intérieur de la Villa. La cheminée du grand salon, surmontée d'un seul carreau de verre.

Photographie aérienne, représentant l'ancienne perspective nord/sud, lorsque les jardins s'étendaient jusqu'aux rives de la Saulx. Aujourd'hui la forêt a recouvert l'espace entre le canal et la rivière.

Photographie prise à l'intérieur de la Villa. La distribution des pièces est traversante et axée dans l'exacte perspective du parc.

Ancienne photographie représentant la perspective nord qui s'étendaient jusqu'aux rives de la Saulx, avec le canal au milieu.

En 1939, l'arrière petite fille de Barbat vend le domaine en viager à une famille d'exploitants forestiers, le parc sera alors progressivement transformé en une peupleraie d'exploitation et le château tombera inexorablement en ruine jusqu'à son rachat en 2002.

Le 18 octobre 2005, le château est classé et son parc inscrit à l'inventaire des monuments historiques pour l'avenir du patrimoine.

La façade sud de la Villa en 2002.

La façade nord de la Villa en 2002. On y aperçoit les délimitations des parcelles de peupleraies.

La perspective nord obstruée par la forêt, masquant le canal et les rives de la Saulx, qui n'appartiennent plus au domaine.

La peupleraie d'exploitation dans un bois établi. Centre gauche du parc.

La peupleraie d'exploitation dans une strate végétale intermédiaire. Centre droit du parc.

La peupleraie d'exploitation sur friche armée. A droite du parc.

Le projet aujourd'hui s'inspire de ce passé omniprésent, pour le réinventer de façon contemporaine.

La perspective nord/sud est ainsi renforcée, avec au sud la plantation d'un alignement d'arbres et au nord l'ouverture sur le canal. L'emplacement des vergers/potagers du XVIIIème siècle est respecté, un des potagers à l'ouest évoque d'ailleurs la forme de l'ancienne enceinte médiévale. Des conifères sont plantés sur l'ensemble du parc et bien d'autres aménagements sont prévus (labyrinthe, broderie de vignes, jardin de fleurs, restauration de la source et des berges de l'étang, sans oublier un parking, une piscine...)

Vue projetée du potager et du verger à l'ouest.

Vue projetée de la perspective nord.

Vue projetée de l'étang et de ses berges.

Schéma de la restauration de l'édifice de la source dans les jardins.

Coupe de la Chapelle entourée d'une forêt de conifères.

Coupe de la perspective nord/sud.

Coupe de la broderie de vigne face au château.

 

La Villa palladienne: est née à Vicence et se développe le long de la Brenta, un canal colonisé par les riches praticiens vénitiens. La perfection pour Palladio (1508-1580), qui est un architecte au service de la symétrie, c'est la hiérarchisation précise des différentes pièces, le placage sur les quatre faces de l'édifice d'une façade de temple antique, l'emploi extrêmement rigoureux des différents ordres liés entre eux par des règles géométriques intangibles.

Cette pensée architecturale fût réinterprétée à partir du XVIIIème siècle et on l'appela le néo-palladianisme.

Dans les années 1550, où l'on redessine Rome à l'antique, Palladio récupère ce langage architecturale antique pour le réintroduire dans ses propres constructions.

Le plan de la Villa et l'accès est central, la partie basse est un espace de service où l'on retrouve cuisine, cellier, stockage. L'édifice est de plein pied et cette caractéristique amplifie sa monumentalité.

La Villa est indissociable de ses terres agricoles. Construite sur une hauteur, en belvédère, elle est une référence et un hommage au paysage environnant. Elle occupe, en effet, une place dominante dans la nature et se trouve toujours proche de l'eau (cours d'eau, canal ou rivière).

Palladio organise ses plans autour de quatre axes bien définis qui s'ouvrent sur le paysage.

Le compagnon de travail de Palladio, Vicenso Scamozzi, réserve, quant à lui, un véritable espace au jardin dans son oeuvre, avec des parterres géométriques et des axes tracés dans la nature et en rapport avec la maison.